mercredi 7 décembre 2011

Le singulier est mort. Vive l'affixe de genre Niger-Congo



Introduction

Quand un nom commun désigne un objet dénombrable, il peut subir un changement de forme. De la forme qu'il a quand il désigne la notion (par exemple cheval) il passe à une autre quand il désigne plus d'une unité de l'objet (chevaux < cheval+s) . La deuxième forme a acquis un marqueur de pluriel. A ce marqueur, la Grammaire classique (ou traditionnelle) oppose un marqueur de singulier en se fondant sur la forme du nom  commun des langues codifiées en premier, le grec du 2e s. avant notre ère puis le latin.
Dans ces langues la structure du nom est constituée de deux composantes : une unité lexicale, le radical (Rad) et une unité grammaticale, le suffixe. Deux suffixes, x et y, commutent auprès du même Rad. Aussi le nom prend-il tantôt la forme {Rad-x}, tantôt la forme {Rad-y}. Ces langues dites classiques étant des langues à genres (trois genres : masculin, féminin, neutre) x et y varient avec le genre. On aura donc des noms à structure {Rad-x1} et {Rad-y1}, des noms {Rad-x2} et {Rad-y2} et des noms {Rad-x3} et {Rad-y3}.
Le nom prend la forme Rad-y quand il désigne plus d’une unité comptable. Par ailleurs les suffixes x et y permettent d’identifier le genre auquel appartient le nom et sa fonction syntaxique. En plus de ces valeurs (genre, cas) y a la valeur de pluriel. Face à cette situation deux éventualités se présentent : ou bien x ne comprend que deux valeurs, le genre et le cas, ou bien x, comme y, a trois valeurs : le genre, le cas et la valeur inverse de pluriel, le singulier. Qu’est-ce qui a poussé la Grammaire traditionnelle à choisir la deuxième éventualité ?


1. Péché par ignorance
Une langue sans genres n’a qu’une façon de pluraliser un nom. Elle lui associe un marqueur de pluriel. Pour une langue à genres, dont la structure du nom est par définition Rad-x, le marqueur de pluriel (y) est soit additionnel ({Rad-x} > {Rad-x-y}) soit substitutionnel ({Rad-x} > {Rad-y}).
Dans le premier cas, y garde la même forme pour tous les noms pluralisables. Ainsi, le nom Rad-x1 aura pour forme au pluriel {Rad-x1-y}, le nom {Rad-x2} sera {Rad-x2-y} au pluriel, ainsi de suite. C’est le cas des couples muchacho/muchachos ‘garçon/garçons’ et muchacha/ muchachas ‘jeune fille/jeunes filles’ de l’espagnol, langue à deux genres, le masculin et le féminin, avec /s/ comme marqueur de pluriel :

Rad
x1



Rad
x1
y
|
|



|
|
|
muchach
o



muchach
o
s
















Rad
x2



Rad
x2
y
|
|



|
|
|
muchach
a



muchach
a
s

La présence de x1 ou x2 au pluriel relègue y dans on unique rôle de pluralisateur et le dispense d’un rôle secondaire.
Dans le second cas, le marqueur de pluriel a une forme spécifique pour chaque genre. En effet, en l’absence de x au pluriel, c’est à y, le pluralisateur, que revient la charge supplémentaire de permettre l’identification du genre du nom. Cela exige que chaque genre ait son pluralisateur : à x1 un y1, à x2 un y2 et ainsi de suite. Certains noms seront de forme {Rad-x1}/{Rad-y1}, d’autres de forme {Rad-x2}/{Rad-y2}, ainsi de suite. C’est le cas couples du latin bonus/boni ‘bon/bons’ et bona/bonæ ‘bonne/bonnes’ :

Rad
x1

Rad
y1


Rad
x2

Rad
y2
|
|

|
|


|
|

|
|
bon
us

bon
i


bon
a

bon
æ

Denys de Thrace et ses contemporains ignoraient sans doute le procédé de pluralisation du nom dans une langue sans genres où il suffit de joindre le pluralisateur au nom. Ils ignoraient sans doute aussi le procédé de pluralisation par concaténation dans une langue à genres, procédé qui montre que le marqueur de pluriel n’a qu’une fonction, celle d’indiquer le nombre. Dans l’ignorance de ces deux cas, les Grammairiens antiques, face au seul cas où le marqueur y indique non seulement le pluriel mais aussi l’identité du genre, ont cru que le marqueur x, à l’instar du marqueur y, indiquait lui aussi à la fois le genre et le nombre : si y1 = genre 1 et pluriel, alors x1 = genre 1 et l’inverse de pluriel c’es-à-dire singulier.

2. Complexification du péché originel
A la différence de la Grammairiens traditionnelle, la linguistique générale moderne a l’avantage de connaître tous les procédés de pluralisation qui ont cours aussi bien dans les langues sans genres que dans les langues à genres. En plus du procédé de substitution des langues mortes, elle vit avec le procédé de concaténation qui est pratiqué par les langues qui ont servi en premier à son édification : les langues romanes, les langues germaniques. Si des noms {Rad-x1} et {Rad-x2} deviennent au pluriel respectivement {Rad-x1-y1} et {Rad-x2-y2} c’est que x1 et x2 n’ont rien à voir avec l’expression du nombre, en particulier le singulier, sinon ils ne seraient pas présents au pluriel.
Il est vrai qu’en français par exemple, x n’est pas visible comme en espagnol. Soit les expressions Le cheval est un animal attachant et Elle a une queue de cheval. Il n’est pas difficile de se rendre compte que dans ces expressions le mot cheval (pl. chevaux) est un ensemble de propriétés qui permettent de reconnaître un être comme étant un cheval. Il s’agit donc de propriétés qualitatives sans aucune interférence avec une propriété quantitative, notamment le singulier. Même dans l’expression Je reconnais avoir vendu un cheval, pas deux, la valeur d’unicité n’est pas dans le mot cheval mais dans le déterminant, un, extérieur à cheval.
La linguistique générale avait donc tous les outils linguistiques pour remettre en cause le singulier prôné par la Grammaire traditionnelle. Mais probablement par mimétisme, elle a considéré la forme non-plurielle du nom comme une forme de singulier. Or, à la différence des langues qui pratiquent la pluralisation par substitution, il n’y a plus de marqueur pouvant servir de support physique de ce singulier. C’est  alors que la linguistique moderne invente la théorie du morphème zéro (Ø) pour servir, entre autres unités morphologiques, de support physique du singulier. Ainsi, dans une langue sans genres, la forme ‘pluriel’ du nom est {nom+y} tandis que la forme ‘singulier’ sera {nom+Ø}. Dans une langue à genres et à pluralisation par concaténation, le pluriel et le singulier du nom auront chacun trois unités morphologiques : {Rad-x1-y1} pour le pluriel et {Rad-x1-Ø} pour le singulier.



Genre
Nbre



|
|

Langue à genres
Rad
x1
Ø
singulier
Rad
x1
y
pluriel





Langue sans genres
Nom
-
Ø
singulier
Nom
-
y
pluriel

La théorie de la « substance zéro » découle de cette pensée d’une linguistique moderne qui veut qu’une langue soit un complexe de systèmes et qu’au sein de chaque système chaque élément ne doive son identité linguistique que dans son opposition aux autres. Des éléments de systèmes peuvent s’opposer parce que dotés de substances (ou formes) différentes, d’autres s’opposent parce que l’un a une substance qui manque à son opposé. Dans ce dernier cas, le système ne peut comprendre que deux éléments et comme l’un est dépourvu de la substance qui est présente pour l’autre, les deux éléments sont dits contraires. L’absence de substance est représentée par la « substance zéro ».
En phonologie si un phonème comme /m/ est différent des phonèmes /n/ et /ɲ/ c’est parce qu’il occupe une position (labiale) tandis que /n/ et /ɲ/ occupent des positions différentes, dentale et palatale. Cette différence n’est pas du même type que celle qui oppose /m/ à /b/. Ici, /m/ et /b/ ont tout en commun sauf la nasalité qui est présente en /m/ et absente en /b/. Les phonèmes /m/ et /b/ sont plus que différents, ils sont contraires l’un de l’autre. L’absence de substance dans l’un des contraires est considéré comme porteur d’un trait zéro. Même s’il porte le nom positif, le trait « oral » est considéré comme un trait zéro.
En morphologie, outre notre couple singulier/pluriel, il existe divers binômes tels le présent/imparfait je mange/je mangeais, le positif/négatif  je mange/je ne mange pas ou le actif/passif Kwasi vend un poulet/un poulet est vendu par Kwasi. A propos du couple actif/passif, même J-M Builles, disciple de l’Ecole de Prague et particulièrement de André Martinet pour qui (1967 : 15) « tout signe linguistique comporte un signifié […] et un signifiant », relève la contradiction entre cette affirmation et la théorie  du « morphème zéro ». A propos du binôme actif/passif, il écrit (1998 : 258-259) :

On peut identifier un monème de voix passive. La valeur de ce monème se ramène à son rôle, qui consiste à faire monter en fonction sujet le participant qui subit l’action dénotée par le verbe [ici poulet]. Le monème voix passive se matérialise sous la forme d’un signifiant discontinu (auxiliaire être associé au participe passé du verbe, c’est-à-dire ici, à l’écrit, [est …u(e)] qui encadre le signifiant du monème verbal [est vendu]. En revanche, on ne peut identifier un monème de voix active, car cette voix n’a jamais de signifiant. La voix active, c’est tout simplement l’absence de voix passive.

On pourrait faire des remarques analogues au sujet des autres couples de valeurs. A propos du binôme présent/imparfait du français par exemple, le monème de l’imparfait, /ais/, est  bien évident ; en revanche le présent n’a pas de signifiant, donc pas de monème. Quant au couple positif/négatif, seul le membre négatif dispose d’un monème dont le signifiant est discontinu, /ne … pas/. L’absence de signifiant pour le positif est évidente.

3. La dérivation plutôt que de la « substance zéro »
Selon cette théorie linguistique qui veut que « un principe de dichotomique [soit] à la base de tout le système des traits distinctifs du langage »[1], tout se passe comme si l’unité linguistique n’a pas une naissance autonome, comme si tous les éléments d’un système sont nés d’un seul coup. Ainsi le trait nasal serait né en même temps que le trait oral, que le singulier et le pluriel seraient nés simultanément. L’observation empirique autant que l’expérience scientifique démentent cette théorie. Ce que l’on voit plutôt, c’est un phénomène de dérivation. Tous ceux qui ont pu observer le développement du langage chez l’enfant à partir d’un an savent que les consonnes qui apparaissent en premier sont des occlusives ; ensuite viennent les constrictives dont le type d’obstacle, un équilibre entre l’occlusion et l’ouverture, est plus difficile à réaliser que l’occlusion. Avec les deux types d’obstacles, les consonnes qui apparaissent les premières sont des non-voisées ; suivent après les voisées dont la réalisation demandent une habileté nouvelle, l’intervention du jeu des cordes vocales. Cela explique pourquoi chez l’enfant /p t k/ apparaissent avant /f s x/, et /p t k/ avant /b d g/. Autrement dit si le phonème /p/ se distingue du phonème /b/, ce n’est pas parce qu’il a le trait non-voisé et /b/ un trait voisé, lesquels traits s’opposeraient l’un à l’autre, mais parce que /b/ dérive de /p/, le trait dérivatif étant le voisé. Autrement dit, /b/ est un /p/ complexifié par le voisement.
Qu’est-ce que le présent de je mange par rapport à l’imparfait de je mangeais sinon que le moment de l’énonciation qui sert de repère à tous les autres moments du discours, ceux d’avant et ceux d’après ?
A propos de la négation, le bon sens veut que l’idée je mange précède celle de je ne mange pas. Je mange n’est pas conditionné par la présence de je ne mange pas, mais je ne mange pas, lui, ne peut exister sans l’existence préalable de je mange. En d’autres termes le négatif ne pas n’est pas né en même temps que son absence. Il est le dérivatif d’une expression née à partir d’une autre dans laquelle il n’était pas présent.
En ce qui concerne le faux couple singulier/pluriel, la présence acceptée du mot pluralisation suffit à montrer que le pluriel est le résultat d’un processus, celui de la dérivation. Le marqueur de pluriel ne cohabite pas avec un marqueur de singulier. Il vient donner une forme complexe au nom dont le rôle est de désigner une notion. En tant que dérivatif, le pluriel n’est pas opposable à son absence. De cheval est né chevaux non pas par substitution d’un morphème zéro par le marqueur s, mais par adjonction de s à la forme générique cheval.
A coup sûr le linguiste s’est, à tort, comporté comme un ingénieur pour qui les unités de mesure en communication sont des signaux binaires.

4. Le caractère qualificatif du « un » du singulier
Quel écolier qui, regardant un dessin de cheval dans une leçon sur le son « ch », penserait à un cheval en termes de quantité, en tant qu’unité ? Il voit dans le dessin plutôt un ensemble de propriétés qu’un animal doit avoir pour être qualifié de cheval. C’est quand, sur la page d’une leçon d’arithmétique, il voit un dessin représentant deux chevaux et un autre représentant trois chevaux à côté de celui qui ne représente qu’un cheval qu’il commencera à associer à cheval une notion de quantité.
Les mathématiques ont créé le nombre « un » et même le nombre zéro pour ses besoins. Pour la langue, la quantité numérique précise n’est envisagée qu’avec l’adjectif numéral, lequel ne commence à exister qu’avec « deux ». La preuve formelle de ceci est dans la construction de l’adjectif. Dans la plupart des langues, l’adjectif numéral a une construction différente de celle de l’adjectif qualificatif et l’adjectif qui représente « un » se construit comme un adjectif qualificatif. En espagnol par exemple l’adjectif « un », tel un adjectif qualificatif, s’accorde en genre et en nombre avec le nom qu’il détermine. Comparons « un », variable, et « deux », invariable, dans le tableau suivant : 
« un »



« deux »

|




|


uno
bueno
muchacho





unos
buenos
muchachos


dos
buenos
muchachos
una
buena
muchacha





unas
buenas
muchachas


dos
buenas
muchachas

En tem, une langue à genres Niger-Congo, l’adjectif numéral, de « deux » à « cinq » s’accorde en genre et en nombre, tout comme l’adjectif qualificatif. Mais dans leurs structures respectives les deux types d’adjectif se distinguent sur deux points. D’une part le dérivatif préfixé qui distingue un adjectif d’un substantif est différent d’un type à l’autre : il est /kɩ/ pour le qualificatif et /na/ pour le numéral. D’autre part la marque d’accord est suffixée au radical de l’adjectif qualificatif tandis qu’il est préfixé au radical du numéral :

nom
qualif
numér

|
|
|

yisi
kɩsɛɛmɩsɩ
nasɩlɛ
deux calebasses rouges
yi-sɩ
kɩ-sɛɛm-sɩ
na-sɩ-lɛ





bɔtɩ
kɩsɛɛmɩtɩ
natɩlɛ
deux moustiques rouges
bɔɖ-tɩ
kɩ-sɛɛm-tɩ
na-tɩ-lɛ


Quand il s’agit d’exprimer l’unité, le déterminant qui qualifié a pour radical /ɖʋm/. Mais ce radical se comporte comme s’il était un radical d’adjectif qualificatif :

nom
qualif

|
|

yika
kʋɖʋmɔɔ
une (seule) calebasse
yi-ka
kɩ-ɖʋm-ka




bɔɖʋʋ
kʋɖʋmʋʋ
un (seul) moustique
bɔɖ-kʋ
kɩ-ɖʋm-kʋ


Ainsi, par sa construction, l’adjectif /kɩ-ɖʋm/, à l’instar de son homologue espagnol, fait la preuve de sa nature de qualificatif. Autrement dit, un numéral « un » à valeur quantitative n’existe pas en tem. Une autre preuve à cela, la possibilité de sa pluralisation :

nom
qualif

|
|

yisi
kʋɖʋmasɩ
les mêmes calebasses
yi-sɩ
kɩ-ɖʋm-sɩ




bɔtɩ
kʋɖʋmɩtɩ
les mêmes moustiques
bɔɖ-tɩ
kɩ-ɖʋm-tɩ


Si le tem, l’espagnol, le français sont capables de révéler le vrai rôle du déterminant « un », celui de la qualification, c’est parce que leurs substantifs sont dotés d’une morphologie riche qui associe une règle d’accord en genre et en nombre entre le substantif et son déterminant adjectival. Les langues dépourvues de la même richesse sont incapables de révéler cette identité, certes, mais cela n’est pas une raison de ne pas la généraliser à toutes les langues. Aussi peut-on conclure que pour n’importe quelle langue naturelle l’unité n’est pas une valeur quantitative mais qualitative.
Etant donné que le substantif est un faisceau de propriétés qualitatives, un déterminant qualitatif ne saurait lui associer un marqueur exprimant une quantité appelée singulier. Le « un » n’étant pas un adjectif numéral, il n’y a pas de raison qu’il génère un marqueur de quantité qui serait le singulier.
D’ailleurs, on pourrait se demander si le savoir de l’inexistence de « un » en tant que nombre n’était pas déjà infus dans les l’esprit des Anciens. En effet l’adjectif qui dérive du mot nombre, nombreux en français, numerous en anglais par exemple, renvoie toujours à plus d’une unité. Cela ne veut-il pas dire que « un » ne fait partie du nombre ?

5. A qui/quoi profite la « mort » du singulier ?
La notion de singulier en tant que marqueur de nombre dans un substantif est vieille de plus de 2000 ans. On pourrait la qualifier de vérité universelle versée au patrimoine du savoir de l’humanité. A quoi sert-il aujourd’hui de s’épuiser  pour démontrer qu’elle n’a jamais existé ?
Au-delà du bien que cela fait de rétablir la vérité scientifique et l’espoir qu’un jour nos livres de grammaires et nos réflexes seront débarrassés des inexactitudes inutiles, la bénéficiaire la plus importante  est la linguistique africaine notamment celle des langues à genres du phylum Niger-Congo (N-C).
 La plupart des langues N-C sont des langues à genres. Comme le latin et à la différence du français ou de l’espagnol, elles ont choisi, pour la pluralisation des noms, le mode de la substitution : Rad-x1/Rad-y1, Rad-x2/Rad-y2, etc. Au lieu d’analyser Rad-x1 comme un radical suivi du marqueur de genre et Rad-y1 comme un radical suivi du marqueur de pluriel spécifique au genre x1, les pionniers du bantu (dont les langues sont toutes à genres) ont baptisé x1 ‘classe 1’, y1 ‘classe 2’, x2 ‘classe 3, ainsi de suite. En d’autres termes le lexique des noms serait subdivisé en ‘classes’, chacune reconnaissable à l’affixe commun que portent les noms qui la composent. On relève que les classes x sont des ‘classes singulier’ tandis que les classes y sont des ‘classes pluriel’. Probablement inspirés par le schéma du latin, ils ont vu dans x le marqueur de singulier. Refusant de reconnaître à x une autre valeur, les pionniers ont indirectement postulé, pour la première fois au monde, l’existence d’un marqueur propre au singulier. Plus grave, ils ont ainsi affirmé la possibilité qu’une langue, sans raison, puisse disposer de plusieurs marqueurs de singulier, une redondance monstrueuse.
La génération de linguistes qui a suivi celle des pionniers a daigné créer des couples de classes, les couples singulier/pluriel : x1/y1, x2/y2, etc. Mais comme la première génération, elle a dénié, sous divers prétextes, toute valeur sémantique au couple ainsi créé. Le couple x/y est appelé ‘genre’ mais un ‘genre grammatical’ basé sur la simple association de x et y, et non un genre sémantique qui aurait dû trouver son fondement dans les propriétés des radicaux. Loin de faire avancer la recherche la création d’un ‘genre grammatical’ n’a fait que la compliquer. Quand un substantif a pour ‘singulier’ x1 et pour pluriel y2, le couple x1/y2 est censé constituer un genre autonome, de sorte qu’avec les classes x1, x2, y1, y2, au lieu de deux ‘genres’ (x1/y1, x2/y2) on en a trois (x1/y1, x2/y2, x1/y2). On attribue ainsi à la langue plus de ‘genres’ qu’elle n’en a.
Le rejet du ‘singulier’ permet à l’affixe x du genre N-C de retrouver son vrai statut, celui de marqueur de genre. Si des radicaux sont regroupés autour d’un même affixe x c’est parce qu’ils ont une propriété commune. Soit dans le paradigme d’un x les Rad1 de propriétés [a b c], les radicaux Rad2 de propriétés [a d e] et les radicaux Rad3 de propriétés [a f g]. L’ensemble des radicaux de notre paradigme à affixe x sont liés par la propriété [a]. Au niveau morphologique, chaque radical doit montrer explicitement qu’il est lié aux autres par la propriété [a]. Pour cela, [a] va être dupliqué pour donner [a1] et [a2] et l’on va créer un intérieur et un extérieur de Rad. La variante [a1] tient lieu de [a] à l’intérieur et la variante [a2] se positionne à l’extérieur :

Rad1


Intér
Extér
|
|
[a1 b c]
[a2]

L’ensemble [a1 b c] forme le contenu sémantique du radical, le singleton [a2] est l’aiguilleur qui oriente le radical vers un genre. Il reçoit un signifiant tout comme le radical et devient un affixe, l’affixe de genre, notre x.
Dans une langue N-C à genres comme le tem, si la propriété [a] représente la petitesse, son [a2] prendra le nom de ka. Avec le radical yi on aura le substantif yika ‘calebasse’.

yi


Intér
Extér
|
|
[a1 b c]
[a2]
|
|
yi
ka

Au genre ka est affecté un marqueur de pluriel spécifique, sɩ. Quand sɩ se substitue à ka pour assumer à son tour [a2] on obtient yisi ‘calebasses’ :

yi

Intér
Extér
|
|
yi
sɩ

On reconnaît l’appartenance de yisi au genre ka à travers sɩ parce que ce pluralisateur est spécifique à ce genre. L’affixe ka retrouve ainsi sa vraie et unique fonction qui est celle de marquer l’appartenance de yika/yisi au genre de la petitesse.
Conclusion
Le singulier est-il mort ? Non, parce que pour mourir il faut avoir existé. Or le singulier n’a jamais existé. Il ne s’agit donc pas de mort mais d’extirpation de nos mentalités l’idée de singulier comme valeur grammaticale du nom. Cela est-il possible pour une idée répandue dans le monde depuis deux millénaires ? Il ne s’agit pas de jouer aux Don Quichotte. Mon objectif est de restituer à l’affixe du genre des langues Niger-Congo son vrai statut afin de restituer la vérité scientifique mais en même temps balayer l’idée sous-jacente à la théorie de la ‘classe nominale’, une idée qui tient ces langues pour des langues à singulier, que dis-je, à plusieurs singuliers, ce qui fait d’elles des langues illogiques de « pré-homo sapiens ».

Bibliographie

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Builles, J.-M, 1998, Manuel de linguistique descriptive. Le point de vue fonctionnaliste, Nathan, Paris
Colombat, B., 1993, Comment quelques grammairiens du passé ont pensé et traité la catégorie du nombre en latin et en grec, Faits de langues, vol 1, n° 2, 29-36
Corbett, G. G., 1991, Gender, Cambridge University Press
Creissels, D., 1999, “Genres” indo-européens et “classes nominales” Niger-Congo, Faits de langues, vol 7, n° 14, 177-184
Grinevald, C., 1999, Typologie des systèmes de classification nominale, Faits de langues, vol 7, n° 14, 101-122
Homburger, L., 1929, Les préfixes nominaux dans les parlers peul, haoussa et bantous, Université de Paris, Travaux et mémoires de l’Institut d’ethnologie – VI, Paris
Homburger, L., 1957, Les langues négro-africaines et les peuples qui les parlent, Payot, Paris
Jakobson, R., 1963, Essais de linguistique générale, Editions de Minuit, Paris
Kropp Dakubu, M.E., 2010, Noun classes : an overview of recent work in kwa and gur, Studies in the Languages of the Volta Bassin, Kropp Dakubu & alii eds, 6, Part 2, 1-11
Martinet, A., 1967, Eléments de linguistique générale, Armand Colin, Paris
Tchagbalé, Z., 2007, Le sort des classes nominales des langues gur, Studies in the Languages of the Volta Bassin, Kropp Dakubu & alii eds, 4, Part 1, 1-26
Tchagbalé, Z., 2010, La problématique de la cohabitation du nombre et du genre dans les langues à genres Niger-Congo: illustration par le tem, une langue du Bassin de la Volta, Studies in the Languages of the Volta Bassin, Kropp Dakubu & alii eds, 6, Part 2, 13-24
Tchagbalé, Z., 1987, Classes et genres nominaux du foodo, langue Guang du Bénin, Cahiers ivoiriens de recherche linguistique n° 22, 61-126

Zakari Tchagbalé
SLAO/WALC, Août 2011, Abidjan




[1] R. Jakobson (1963 : 88)

mercredi 7 septembre 2011

Selon la langue tem, la terre serait un produit du ciel


Une discussion au sein du groupe Parlons Tem sur Facebook sur le calendrier tem (noms de mois et noms des sept jours de la semaine) m’a donné l’idée d’un article sur la division du temps dans cette langue. Le locuteur du tem sait nommer le jour, laps de temps compris entre le lever le coucher du soleil. Dans un calendrier, le jour ne dure pas 12h, mais 24h, donc une journée qui comprend, outre le jour, la nuit. J’ai donc cherché à savoir si un mot existait pour journée, différent de celui pour jour. Il existe bien une expression (nuvoowu na ɩdaawʋ)  signifiant ‘nuit et jour’, mais, comme en français, elle n’exprime pas une durée comprenant le jour et la nuit, mais une répétition.
En revanche, il existe une série d’expressions qui fixent des jalons sur le long de la journée. Ce sont « kɩ ɩ ɖaanɩ » ‘il fait soir’, « ku u yu » ‘il fait nuit’ et « ki i ve » ‘il fait jour’. Les trois expressions ont le même sujet syntaxique qui est le pronom /kɩ/ ([kɩ], [ku], [ki]). Ce pronom représente un nom du genre neutre k. Si l’on découvrait ce nom il serait possible de mettre au jour le nom de la journée.
Fort heureusement, il est possible de remplacer le pronom /kɩ/ de l’expression « ki i ve » par un nom sans en changer le sens. Ce nom est tɛɛwʋ. Ce mot existe dans des expressions telles que « tɛɛwʋ wa a dala » ‘la pluie est arrivée’, « tɛɛwʋ wa a nɩɩ » ‘il a plu’ où il se traduit par ‘pluie’. Si le mot tɛɛwʋ qui désigne la pluie est le même que celui qui découpe les moments de la journée, on n’a pas affaire ni à la pluie ni à la journée. A quoi a-t-on affaire ?

Que représente le mot tɛɛwʋ ?
Pour cerner le sens de ce mot, reprenons donc les expressions dans lesquelles il intervient à titre de sujet syntaxique. D’abord avec les verbes fem ‘se réveiller’, ɖaanɩ ‘faire soir’ et yuu ‘faire nuit’ (dans leurs formes de radical /fe/, /ɖaanɩ/ et /yu/) avec le substitut pronominal /kɩ/. Le marqueur d’accompli, /ɩ/, précède le verbe :

(1)
ki i ve
(2)
kɩ ɩ ɖaanɩ
(3)
ku u yu

Puis avec les verbes fem ‘se réveiller’, talɩɩ ‘arriver’, nɩɩ ‘pleuvoir’ et cɛm ‘rompre’, avec, cette fois un marqueur d’accompli recourant pour sa manifestation à un indice de pronom non accordé au nom (ʋ-ɩ > wa-ɩ > waa) :

(4)
tɛɛwʋ wee ve

(5)
tɛɛwʋ waa dala

(6)
tɛɛwʋ waa nɩɩ

(7)
tɛɛwʋ waa nɩɩ ma
j’ai été mouillé(e) par la pluie
(8)
tɛɛwʋ wɛɛ jɛ


Il faut ajouter à ces expressions celles où tɛɛwʋ intervient avec une fonction syntaxique autre que sujet et où il a toujours le sens de pluie. Avec yaa ‘appeler’, faa ‘donner’ et yɩɖɛ ‘nom’, on peut avoir les exemples suivants :


(9)
Jɔbɔ wan yaa tɛɛwʋ
Djobo sait faire venir la pluie
(10)
Jɔbɔ waa va tɛɛwʋ kɩna yɩɖɛ
Djobo a donné un nom à la présente pluie

Que tɛɛwʋ soit en isolation ou en fonction objet, qu’il prenne sa forme de pluriel tɛɛnɩ, il renvoie à la pluie. Malgré tout, cette intempérie n’est qu’un aspect de l’éventail sémantique du mot. En effet, le même tɛɛwʋ représente un être qui se réveille avec le lever du jour et marque de son empreinte d’autres moments de la journée que sont le soir et la nuit. Et ce n’est pas tout. Il est aussi le tonnerre qui gronde et les nuages qui noircissent :

(11)
tɛɛwʋ
wee
dili
le tonnerre a grondé
(12)
tɛɛwʋ
wee
biri
les nuages sont devenus noires

Qu’est-ce que peut bien être l’identité de cet objet qui fait tomber la pluie, noircir les nuages, gronder le tonnerre, qui se lève avec le soleil et se couche avec lui ? N’est-ce pas tout ce qui surplombe la terre et lui sert de calotte, c’est-à-dire le ciel ? Dans certaines contrées n’est-ce pas le ciel qui gronde et jette la foudre pour manifester sa colère, qui fait de la pluie une calamité ou un événement salvateur ?
Quand tɛɛwʋ agit sous son aspect pluie son nom peut prendre une forme de pluriel, tɛɛnɩ. La pluralisation du mot se construit sur le modèle de cɛɛwʋ/cɛɛnɩ ‘hache’, bɔɔwʋ/bɔɔnɩ ‘trou’, tɩɩwʋ/tɩɩnɩ ‘arbre’. Mais elle aurait pu se construire sur le modèle de faawʋ/faadɩ ‘feuille’ et on aurait eu alors *tɛɛwʋ/tɛɛdɩ. Entre les pluriel tɛɛnɩ et tɛɛdɩ, tɛɛwʋ a choisi le premier. La forme tɛɛdɩ n’est pourtant pas rejetée car elle existe et désigne la terre. Quel rapport cette mot a-t-elle avec la forme tɛɛnɩ ?

Rapport entre tɛɛnɩ et tɛɛdɩ
Au plan morphologique, il n’y a pas de doute, tɛɛnɩ et tɛɛdɩ sont des réalisations de la même structure de base /tɛ-tɩ/ : même radical, même suffixe. Parce qu’elles sont les réalisations de surface du même suffixe de base (/tɩ/) les suffixes [nɩ] et [dɩ] de tɛɛnɩ et tɛɛdɩ, respectivement, enclenchent chacun le même schème d’accord (/kɩ-na kɩ/) comme on peut le voir dans le couple (14)/(15) au sein du tableau comparatif (13)-(16) suivant :

(13)
tɛɛwʋ
kɩna
kɩ
cɛ
Que cette pluie cesse de tomber !
(14)
tɛɛnɩ
tɩna
tɩ
cɛ
Que ces pluies cessent de tomber !
(15)
tɛɛdɩ
tɩna
tɩ
sala
Que cette terre tombe !
(16)
ɖaazɩ
sɩna
sɩ
sala
Que ces bois tombent !

Tɛɛnɩ et tɛɛdɩ partagent le même radical (/tɛ/), pourtant le mot tɛɛdɩ n’a rien à voir ni avec le ciel ni avec un élément céleste puisqu’il désigne la terre qui est l’opposé du ciel. Certains dérivés de tɛɛdɩ confirment le caractère non-ciel de l’objet désigné. Ce sont adɛ, tɛ et tɛɛzɩ.
Le dérivé adɛ (/a-tɛ/) est un adverbe. Il sert à localiser par rapport au sol. On peut le traduire par ‘en bas, par terre’.

(17)
bu waa zala adɛ
Un enfant est tombé par terre
(18)
wɛ ɛ bɛɛ adɛ na ʋsɔɔdaa
Il a regardé en bas et en haut

Les dérivés tɛ et tɛɛzɩ ont une valeur locative comme l’adverbe adɛ, mais sont des postpositions nominales :

(19)
/tɩɩwʋ-tɛ/
> 
tɩɩwʋ-n-dɛ
au pied de l’arbre / sous l’arbre
(20)
/tɩɩwʋ-tɛɛzɩ/
> 
tɩɩwʋ-n-dɛɛzɩ
au-dessous de l’arbre

Au vu du champ sémantique de tɛɛdɩ, il semble qu’il soit impossible d’établir un rapport entre tɛɛwʋ et tɛɛdɩ. Pourtant le point de vue morphologique est formel sur la relation entre les deux noms. Revenons donc à la morphologique.
Il convient de rappeler que le tem, une langue à genres, réserve un genre pour les objets denses tels que les corps liquides, visqueux, poudreux ou granuleux. Mais certains objets denses trouvent leur place dans les genres réservés aux objets discrets, comptables. Ici, c’est le marqueur de pluriel qui est réutilisé pour le dense. Soit le cas du radical /tʋ/ ‘idée d’abeille’ qui a pour marqueur de genre /ʋ/. Au pluriel ce marqueur est remplacé auprès du radical par le marqueur /tɩ/. Celui-ci se réalise, dans ce contexte, [nɩ]. On a donc le nom simple /tʋ-ʋ/ réalisé tʋʋ ‘abeille’ et le même nom au pluriel /tʋ-tɩ/ réalisé tʋʋnɩ ‘abeilles’. Mais le miel qui est un objet dense parce que visqueux a le même nom que ‘abeilles’, tʋʋnɩ.

(21)
/tʋ/
+
/ʋ/
> 
genre
> 
tʋʋ
abeille
+
/tɩ/
< 
pluriel
> 
tʋʋnɩ
abeilles
dense
> 
tʋʋnɩ
miel

Mais quand il y a possibilité d’une variation libre de la forme du marqueur du pluriel, la langue peut attribuer une variante au pluriel et l’autre au dense. C’est le cas du marqueur /tɩ/. Auprès du radical /sʋl/ ‘idée de néré’ il peut exiger pour sa liaison au radical un liant vocalique V (/sʋl-tɩ/ > sʋl-V-tɩ > sʋl-ʋ-tɩ > sʋlʋnɩ), ou pas, ce qui entraîne l’amuïssement de /l/ de /sʋl/ (/sʋl-tɩ/ > sʋ(l)-tɩ > sʋtɩ) :

(22)
/sʋl/
+
/kʋ/
> 
genre
> 
sʋlʋʋ
arbre de néré
+
/tɩ/
< 
pluriel
> 
sʋlʋnɩ
arbres de néré
dense
> 
sʋtɩ
farine de néré

Dans (21) et (22) on note le lien sémantique qui existe entre l’objet désigné par le dense et celui désigné par le pluriel. Le miel est le produit des abeilles, la farine de néré est le produit des arbres de néré.
Les modèles (21) et (22) invite à poser reconnaître une relation de pluriel/dense entre tɛɛnɩ et tɛɛdɩ, parce que d’une part, contrairement à tɛɛnɩ,  tɛɛdɩ ne cohabite pas avec une forme non-pluriel dont il serait la forme pluriel, d’autre part, contrairement à tɛɛnɩ qui renvoie à un objet discret,  tɛɛdɩ renvoie, lui, à un objet dense. On peut donc représenter tɛɛwʋ/tɛɛnɩ/tɛɛdɩ sur le même modèle que (21) et (22), soit :

(23)
/tɛ/
+
/kʋ/
> 
genre
> 
tɛɛwʋ
ciel
+
/tɩ/
< 
pluriel
> 
tɛɛnɩ
cieux
dense
> 
tɛɛdɩ
terre

La morphologie est donc formelle et nous impose de reconnaître la relation sémantique qui existe entre tɛɛwʋ et tɛɛdɩ et de l’identifier.

En quoi tɛɛdɩ est-il le produit de tɛɛwʋ ?
A l’instar des modèles (21) et (22), le (23) indique formellement que tɛɛdɩ est un produit de tɛɛnɩ. Quelle en est la nature ?
Il faut tout de suite exclure la conception actuelle dominée par les religions d’origine sémite qui voit dans le ciel une divinité, laquelle serait créatrice de la terre. A l’époque où s’élaborait la la thèse selon laquelle la terre serait le fruit du ciel, ces religions n’existaient pas.
Selon le rapport morphologique, la matière dense qu’est tɛɛdɩ est produite par le ciel. Nos lointains ancêtres vivaient sur terre entourés d’objets qui sont censés descendre du ciel. C’est le cas des cours d’eau, des lacs, qu’alimente la pluie et qui s’assèchent quand celle-ci vient à manquer. Ils avaient l’expérience du vent, des tornades, de la foudre qui, tous viennent du ciel. Il est possible que dans ce contexte ils aient pensé que la terre est une poussière tombée du ciel. Plausible ou non, cette hypothèse tranche avec celle d’autres peuples africains qui attribuent à la terre un rôle maternel et au ciel un rôle de père, les plantes et les animaux étant le fruit de ces deux êtres divins de sexe contraires.
Ce n’est pas la première fois qu’on est surpris par une interprétation des phénomènes naturels de la par des ancêtres des Tem. Dans le premier article du présent blog, j’ai mis au jour cette croyance de nos ancêtres selon laquelle le soleil serait un amas d’étoiles, à partir, du même rapport pluriel/dense liant cette fois les étoiles au soleil :

(23)
/wɩl/
+
/ka/
> 
genre
> 
wɩlɔɔ
étoile
+
/sɩ/
< 
pluriel
> 
wɩlasɩ
étoiles
dense
> 
wɩsɩ
soleil

Il faut croire que nos ancêtres lointains observaient le ciel avec autant d’attention que l’habitant du désert et le faisaient sans préjugés religieux. Ils pouvaient ainsi tirer de leur observation des conclusions peu empreintes de mythologie et plus proches d’une science intuitive.

Conclusion
Encore une fois, la langue a confié deux de ses secrets. Le premier est le nom de ciel. Ce que nous croyions être le nom pour désigner la pluie est celui qui est cause de pluie, le ciel. Le second secret concerne l’origine de la terre qui ne serait qu’un dépôt de poussières tombées du ciel. Pour amener le chercheur à déceler ces secrets, la langue lui impose une démarche rigoureuse fondée sur l’analyse morphologique. Il n’y a donc pas de place à des hypothèses hasardeuses ou spéculatives. C’est la preuve qu’une bonne partie de la connaissance de nos ancêtres, leur pensée, leur culture, leur histoire se trouve dans nos langues. Celles-ci constituent donc un champ archéologie de premier ordre pour l’anthropologue, le philosophe et l’historien.